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À Locminé, pendant que Xavier Bertrand inaugure une zone d'activités, à quelques mètres de là, les manifestants sont encadrés tandis qu'ils interpellent les automobilistes. : Photos Thierry CreuxIls sont 150. Formant une haie d'honneur bruyante accueillant les automobilistes, en file indienne avant le rond-point de l'hypermarché. « Ça va mal à Locminé ! » ; « l'emploi va mal » hurlent certains ; d'autres portent à bout de bras des pancartes affichant : « Les ouvriers mal payés, les cravatés trop payés, vous finirez par partager ».
« Mais quel monde... »
À quelques mètres de là, l'ambiance est toute ministérielle. Le ministre du Travail visite la nouvelle zone d'activités du Talvern après être allé à Ploërmel. Serre des mains, encourage les commerçants. Xavier Bertrand est suivi par un cortège qui marche au pas. Les manifestants sont tenus à l'écart. « On nous interdit d'approcher » lance, amère, Danièle qui donne de la voix dans le mégaphone, « Xavier, on n'est pas fatigués ».
« Il fait comme si tout allait bien. Il inaugure cette zone qui éloigne les commerces du bourg », peste Daniel Lemare, secrétaire de l'union locale CGT de Locminé. Cette zone « n'a créé aucun emploi. Les commerçants du centre-bourg viennent là. Mais si, ici, tout le monde est au chômage, qui viendra leur acheter leurs produits ? Ça ne va pas tenir longtemps ! Mais quel monde... »
Pour les manifestants, plutôt dociles loin du raout ministériel, « la seule solution est de manifester, d'interpeller les citoyens ». Puis, comme par enchantement, les gendarmes tournent les talons. La voiture du ministre prend la route. Les manifestants prennent la tangente pour « casser la graine. On a rendez-vous cet après-midi à la préfecture. On attend de voir ».
« Super-inquiétante »
Vannes, 14 h 30. Devant les grilles de la préfecture, le soleil cogne, les slogans claquent, la musique résonne, « Motivés, motivés ». Pas de forces de l'ordre. En choeur, les salariés dans la tourmente reprennent « Xavier, on n'est toujours pas fatigués ». 15 h 30, la délégation de l'entreprise Doux est reçu par le ministre du Travail.
« Cette société-là, on n'en veut pas » clament les manifestants assis sur le trottoir. De temps à autre, Guénaëlle et Henri, de Dandy, font claironner leur « dandinette », une sirène faite maison qui ne les quitte plus « depuis quatre mois qu'on est dans la galère. Elle porte chance : au tribunal on a gagné ». Ici, on cause de la situation à Quimper « super-inquiétante. Chez Père Dodu, l'activité baisse bizarrement ». Là-bas, « Doux gère mal ses affaires ou trop bien ». Et « 75 % des salariés ici sont des ouvriers non qualifiés. On va faire quoi ? » On hue ou on applaudit à chaque entrée et sortie de la préfecture.
Ils ne sont toujours pas fatigués, les manifestants mais « on aimerait bien être respectés. C'est dingue d'être là, de vivre ça ! ». Aujourd'hui pour Danièle, Guénaëlle, Henri, Daniel et les autres, une nouvelle journée commence. Ils sont à Châteaulin où sont discutés les contours du plan social de Doux.
Isabelle JOHANCIK.